Celanese. Un an après la casse : « Rien ne remplacera un travail »

Article paru dans l’Humanité du 9 aout 2010.

Il y a huit mois, 
le géant texan de l’industrie chimique Celanese décidait de fermer son usine de Pardies, sur le complexe de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques. Aujourd’hui, où en sont les 340 salariés licenciés et quelles perspectives pour ce bassin d’emploi industriel et ses 8 000 travailleurs ? Pau, envoyé spécial.


Les 85 hectares du site de l’usine Celanese à Pardies, sur le complexe chimique de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques, sont livrés aux démolisseurs. Derrière le grillage, on distingue, au loin, les énormes pelles sur chenilles de la Cardem, une filiale du groupe Vinci à laquelle le géant texan de la chimie a confié la démolition. Elles soulèvent comme fétus de paille des cuves de plusieurs tonnes, de gigantesques monceaux de ferraille qui constituaient les colonnes de distillation, cheminées, ateliers et entrepôts livrés à la casse. Des milliers de tonnes de métaux, d’aciers spéciaux, de cuivres, de plastiques, qu’il faudra découper et trier pour les vendre. Machines, mobiliers, métaux, «  tout a une valeur marchande, tout est à vendre  », affirme la Cardem.

Il y a huit mois, en janvier 2010, sont intervenus les premiers des 340 licenciements du plan social, après la décision de Celanese de fermer son usine de Pardies, la seule d’Europe à fabriquer l’acide acétique. Ce n’est pas la crise qui a conduit à la fermeture, cette entreprise créait de la valeur, dégageait des bénéfices. Pour les actionnaires, il était plus rentable de produire aux États-Unis et en Chine. Malgré les promesses aux élus béarnais et aux salariés, malgré ses engagements de trouver un repreneur, l’État a laissé faire. La CGT a dû finalement négocier un plan social (PSE) pour préserver les intérêts des 340 salariés. Pour les plus de cinquante-cinq ans, Celanese s’engageait à payer les préretraites. Pour les autres, en plus des indemnités légales, du congé d’un an de reclassement, une prime importante. «  Chaque salarié touchera environ 90 000 euros, confirme Alain Masse, responsable CGT de l’entreprise. C’est à la fois beaucoup et très peu. Mais rien ne remplacera un travail.  »

«  Rien ne remplacera le travail…  » Cette phrase revient comme un leitmotiv dans la bouche de tous les interlocuteurs. Comme pour tout PSE, une cellule de reclassement a été mise en place. «  Ses résultats sont extrêmement médiocres  », constatent les élus dans une résolution votée par les conseils municipaux des 49 communes du bassin de Lacq. Il faut dire qu’au bout de huit mois, sur les 340 licenciés, seuls 72 ont retrouvé un CDI, 14 sont en préretraite, 3 ont un CDD, 8 sont en intérim, 14 en période d’essai. 15 se sont lancés dans une «  création d’entreprise  ». Près de 200 restent sur le carreau.

Pedro, quarante-sept ans, conducteur de chaudière et électricien, a travaillé dix-neuf ans dans l’usine. Selon lui, «  le boulot, il vaut mieux se le chercher soi-même. La cellule de reclassement se contente de nous refiler les annonces de Pôle emploi  ». Il s’est lui-même trouvé deux formations, dans le froid et le photovoltaïque, qu’il a fait payer par le PSE. Il se dit certain de trouver du travail. «  Pour les électriciens ou les métiers spécifiques, c’est plus facile.  » Mais il reconnaît que ça a été dur. «  Quand la fermeture a été décidée, ça a été un choc. Ça s’est ressenti dans les familles. Ma fille a été vraiment mal pendant des mois. J’essaie de surmonter ça et de lui consacrer du temps.  »

Employé aux ressources humaines, Mickaël, trente-sept ans, a quant à lui retrouvé du travail dans sa branche dans une autre usine de la chimie. Un CDD longue durée, quatorze mois, qui devait déboucher sur un CDI. «  Devait parce que dernièrement, on m’a dit que rien n’était sûr. Je commence à regarder ailleurs.  » Ailleurs mais dans la région, contrairement à d’autres qui sont partis. «  Je ne suis pas mobile, affirme-t-il. J’ai une famille, une maison ici, j’ai fini de payer les traites avec l’indemnité. Heureusement parce que, côté salaire, j’ai perdu 500 euros par mois par rapport à Celanese.  »

Francis et Dominique se disent «  heureux d’avoir rebondi  ». À la cinquantaine, ils ont utilisé la prime pour prendre en location-gérance un petit restaurant situé à proximité du circuit automobile de Pau-Arnos. Dominique a passé le CAP de cuisinier en six mois de formation accélérée. Francis s’est formé à la gestion. Ils ont investi, mis aux normes l’établissement et ouvert début juillet. «  Ça se passe plutôt bien, estiment-ils, puisqu’on a servi plus de repas que prévu. Mais on ne sait pas si on pourra se dégager nos salaires. On sait qu’on ne retrouvera pas la même qualité de vie que chez Celanese.  »

Pour Alain Masse, «  le congé de reclassement permet quand même de maintenir un certain espoir, les gars gardent un dynamisme. Ça maintient le salaire et le moral. Mais en janvier, c’est fini… Là il faudra être fort  ».

Le plus dur, c’est pour les anciens, notamment ceux de la fabrication. C’est le cas de Jean-Jacques, qui a raté la possibilité d’une préretraite à onze jours près. «  Personne n’a trouvé de boulot grâce à la cellule de reclassement, tempête-t-il, et le marché est atone. On n’a guère d’espoir.  » On lui a proposé une formation de quatre jours de conducteur de chaudière. «  Je l’ai suivie en sachant que ça ne m’apporterait rien, on ne forme pas un conducteur de chaudière en quatre jours. Et les patrons regardent surtout l’âge avant de recruter.  »

Le PSE obligeait Celanese à consacrer 1,7 million d’euros à favoriser des créations d’emplois dans le bassin. La direction a choisi un cabinet spécialisé, Altedia, pour mener ce projet. 600 000 euros ont été consacrés à rémunérer le groupe Altedia. Au début juillet, les actions du cabinet avaient financé, pour 139 000 euros, 14 projets qui ont aidé des entreprises à maintenir ou créer 62 emplois dans la région. «  C’est n’importe quoi !  », s’indignent des syndicalistes et des élus locaux. Les collectivités locales se démènent comme elles peuvent, l’État est aux abonnés absents. «  Il y a besoin d’une politique industrielle dessinée par les pouvoirs publics et d’investissement des acteurs industriels, assure Hélène Lérou-Pourqué, adjointe communiste au maire de Pau. Ce serait possible avec le groupe Total, qui réalise année après année des milliards de bénéfices.  » Total fait sa fortune depuis des décennies avec l’extraction du gaz de Lacq. Il annonce la fin de l’exploitation du gisement en 2013, laissant tout le bassin de Lacq et ses 8 000 emplois industriels dans l’expectative. L’État laissera-t-il encore faire ?

Olivier Mayer

 
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