A l’automne dernier dans le cadre d’une longue intervention en séance du Conseil Municipal, je m’étais déjà exprimée sur l’improbable idée pour les élus d’instrumentaliser les artistes, de commander à la création.
Cette semaine, d’autres réactions, de nature politique, sur une création de spectacle vivant, m’interpellent. Les acteurs publics, les élus peuvent-ils contribuer au soutien de créations en fonction de leur forme ou de leur contenu ou bien doivent-ils porter les grands principes des politiques publiques culturelles ? Est-ce au politique de juger du « bon goût » ou du « mauvais esprit » d’une création ?
Et si justement une des raisons d’être des artistes était de nous interpeller sur la marche de la société ? sur la morale, l’amour, la mort ? Les plus grandes œuvres devenues aujourd’hui des classiques ont souvent fait scandale lors de leur première rencontre avec le public et les institutions académiques …
Les Mauvais Esprits sont confrontées, comme la troupe qui était leur invitée le vendredi 2 juillet, à des difficultés financières qui mettent leur art en péril. C’était le sens du spectacle du Minotaure. Je rappelle que les responsables du spectacle avaient prévenu les spectateurs « sensibles » du caractère dur de la 3e partie de leur spectacle.
Le désarroi d’une troupe, confrontée à la violence de la politique réactionnaire du gouvernement à l’encontre de la création, à des collectivités locales dont les ressources financières se compriment, et qui doit, un à un, licencier ses artistes, s’est hissé en cri de douleur et de désespoir. Quand la violence sociale, morale ou matérielle ne permet plus aux artistes de s’exprimer n’ont-ils pas le droit d’exercer avec leur création une légitime colère ? avec ou sans maladresse … Ken Loach l’exprime ainsi : « notre rôle d’artiste devrait plutôt consister à provoquer une colère qui permette aux gens de ne pas se résigner ».
Quel que soit le contenu d’une œuvre, d’une création, je m’interdis en tant qu’adjointe à la culture à Pau, en tant qu’élue, d’émettre un jugement artistique. Ce n’est pas le rôle du politique. Certes, en tant que spectatrice, j’ai des ressentis, des coups de cœurs, des exaspérations … mais cela ne regarde que moi. Quand j’ai la chance d’échanger avec les artistes pour comprendre leur cheminement, je peux dépasser des impressions pour gagner en connaissance des œuvres. Je souhaite associer largement les Palois à cette démarche qui se résume par l’expression trop lapidaire, mais forte, de « démocratisation culturelle », et que je place au cœur de mon engagement.
Une réflexion était en cours pour rechercher des solutions, notamment au plan financier, pour pérenniser la présence de la troupe des Mauvais Esprits sur notre territoire. Je pense qu’elle ne doit pas être conditionnée au contenu et à la forme d’un seul spectacle, produit par un créateur invité par la troupe, mais considérer l’ensemble de la production de la troupe, le succès habituellement rencontré par ses spectacles. Je ne doute pas que les habitants de l’agglomération trouveront plaisir à leur prochaine prestation dans le cadre de Mondovélo et pourront admirer les prouesses de ces artistes circassiens.
Pour toutes ces raisons, je souhaite que les esprits s’apaisent, que le dialogue reprenne, que la table ronde pour la recherche d’une issue positive soit réunie au plus vite.
Hélène LEROU-POURQUE,
Adjointe au Maire de Pau en charge de la culture,
Co-vice-présidente de la commission culture à la Communauté d’agglomération de Pau.