– Le Région agit dans le domaine social, mais en ce temps de crise et de baisse des recettes des collectivités, le social peut-il occuper une place aussi importante qu’auparavant ? Comment ? Quelle nouvelle mesure prendriez-vous ?
Nos populations d’Aquitaine sont fragilisées, d’une part parce que les problèmes sociaux (chômage, handicap, retraites indignes etc.) n’ont jamais trouvé de réelles solutions, d’autre part parce qu’aujourd’hui nous vivons une crise d’ampleur encore jamais connue dans la période contemporaine. Ce serait criminel de lever le pied sur ces questions. Le rôle du politique, c’est d’abord la protection et la sécurisation des plus faibles. Comment peut on envisager un seul instant une baisse des moyens dans le domaine ? S’il n’y avait qu’une seule chose à faire, ce serait l’augmentation des moyens affectés aux plus faibles. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’on puisse se poser une telle question. Je sais qu’ ici ou là quelques hommes politiques au cœur sec avancent ce type d’idée. Il faut les combattre fermement. Et puis, soyons clair : s’il y a une baisse de recettes, c’est qu’on se refuse de taxer ceux qui ont en beaucoup. La France et notre région sont riches, l’argent existe, on prendra les mesures nécessaires pour une vraie redistribution. – En matière économique, la région a financé de nombreux projets dans le secteur de l’innovation, quel regard portez-vous sur son action dans ce domaine concernant le Pays Basque ? Le Pays Basque est essentiellement tourné vers le tourisme et les services, que proposez-vous pour développer les deux autres secteurs d’activité ?
Affirmer que Le Pays Basque est essentiellement tourné vers le tourisme et les services est faux Le poids de l’industrie dans le bassin d’emploi de Bayonne et du sud des Landes est un des plus important de l’Aquitaine, avec Dassault, Turbomeca et leur tissu de sous-traitants. L’industrie aéronautique représente environ 4 500 emplois. Le simple remplacement des départs à la retraite a représenté plus de 150 embauches par an. Après Toulouse et Bordeaux, c’est le principal pôle aéronautique dans le grand Sud-Ouest. La réflexion sur la filière est insuffisante, et surtout la formation professionnelle pour répondre aux besoins d’embauche. Par exemple Dassault à Biarritz crée une filière d’apprentissage et est obligé d’envoyer ses apprentis dans un CFA de la région parisienne puis à Bordeaux pour la formation théorique de ses apprentis.
La région qui s’est fortement impliquée dans le pôle d’excellence technospace valley à Toulouse pourrait aussi avoir une stratégie de dynamisation du pôle aéro Côte-basque-sud des Landes
– La région est propriétaire du Port de Bayonne, comment voyez-vous le développement de cette zone d’activité ? Quel traitement réserveriez-vous aux activités polluantes comme celle d’ADA ou, auparavant, Fertiladour ? Que faire avec l’ancien terrain de Fertiladour ?
Le transfert de compétence du port de Bayonne à la région est l’occasion d’avoir une politique qui ne soit plus de gestion comptable du port mais de l’utilisation du port comme outil de développement économique. Actuellement, le port de Bayonne a une activité de « port néocolonial » importation et exportation de matière première, très peu de transformation sur place, pas de valeur ajoutée, peu d’emplois générés. C’est un des seuls ports français à ne pas avoir de zone d’activités liée au port (hinterland ) La région peut avoir une réflexion sur la synergie des ports aquitains, y compris avec les ports basques espagnols Relance du projet « ro-ro » embarquement des frets routiers sur des bateaux pour l’Angleterre.
– Dans quel domaine développeriez-vous les relations transfrontalières ? Et avec quelles institutions ? Comment développer des projets concrets si l’intervention de l’Etat est indispensable en matière de relations transfrontalières ?
Les relations transfrontalières ne se décrètent pas .Aujourd’hui, elles sont quasi nulles a l’exception d’ADA et de l’utilisation de la marque « Pays Basque » et des produits liés et éventuellement du tourisme .Les activités économiques du Pays Basque français et espagnol sont trop diverses pour favoriser des synergies. Par contre, la question des infrastructures de transport, port, aéroport, fret, ferroviaire mériterait un renforcement des coopérations. Quelles complémentarités entre les ports français et espagnol ? Faut il deux aéroports à Biarritz et à Fontarabie à 30 km de distance, ou un seul géré conjointement ?) – Que proposez-vous en matière de transport ? Etes-vous favorable à l’utilisation des voies existantes pour la liaison européenne en TGV ? Pourquoi ? Est-ce un point non-négociable (éventuellement pour le second tour) ? Rappelons que les lignes à grande vitesse et le fret sont de la compétence exclusive du gouvernement et que la région comme les mairies ou les conseils généraux ne donnent qu’un avis, voire une participation financière. Pour nous, la priorité en matière d’infrastructure de transport est la question des 15 000 camions qui, chaque jour, traversent les Pyrénées (Biriatou, Le Perhuis) avec des taux de pollution énormes sur les villes de la côte basque. La droite a stoppé le projet de ligne SNCF dédiée au fret pour lancer la mise à deux fois trois voies de l’autoroute et lancer un débat sur une ligne LGV. Cela n’est pas pour nous la priorité. Il faut revenir aux projets fret et stopper le tout routier.
– La réforme générale des politiques publiques n’est pas encore définie. Cela laisse libre cours aux propositions que vous pourriez faire sur un cadre institutionnel qui répondrait aux besoins du Pays Basque. Quel cadre défendez-vous ? Que pensez-vous d’une collectivité territoriale Pays Basque ?
La réforme des politiques publiques est tout de même bien avancée. Mais peut-être pas toujours dans le sens du progrès économique social et culture. Je suis fortement surpris que ces mises en œuvre aboutissent à une bureaucratie énorme. Les prises de décision émanent de structures de plus en plus complexes, de plus en plus éloignées des gens et de la démocratie. Je suis donc très attentif, on ne peut accepter que quelques officines parisiennes décident de tout en tout temps et en tout lieu. Pour moi, la démocratie est le système le plus juste et le plus efficace. Il faut voir votre question à la lumière de ces principes. Si le territoire basque était une avancée vers plus de démocratie, plus de justice sociale, du mieux vivre pour tous et tout particulièrement les populations qui souffrent le plus, pourquoi se priverait-on d’une telle réflexion ? Dans l’état actuel, je ne vois pas bien comment la délimitation d’un territoire répond aux enjeux politiques et sociaux fondamentaux. – Bien que les derniers chiffres de la scolarisation en langue basque présentent une légère croissance, la survie de l’euskara n’est pas encore garantie au Pays Basque nord. Qu’est-ce que la Région peut faire pour résoudre ce problème ? Quel statut pour les langues « minorisées » de l’Hexagone ? L’officialisation serait-elle envisageable ?
La région na aucune compétence en matière de programme scolaire. Nous sommes pour que l’école publique joue son rôle. Nos langues et nos cultures régionales sont aussi notre patrimoine commun, une partie du patrimoine de l’humanité. Aujourd’hui, la République ne respecterait pas ses propres principes si elle n’était pas attentive aux demandes, aux attentes, à la vie de ces langues et cultures. Notre pays est comptable de la vie de ces langues sur son territoire. Ne rien faire serait choisir leur effacement, voire leur disparition. Le parti communiste, partie prenante du Front de gauche, avait déposé un projet de loi pour que la France ratifie la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Ce projet a été voté par le parlement mais rejeté par le conseil constitutionnel a la demande de la droite. Aides de la région : Support à l’enseignement du Basque (livres, etc.) Aide aux associations et structures diffusant les langues et cultures basque et occitane.
– Quelle est votre position vis à vis du conflit basque ? Plusieurs tentatives de négociation ont échoué, quelle serait selon vous la voie à suivre pour résoudre ce problème ? Quel devrait être le rôle de l’Etat français ?
Ce que vous appelez le conflit basque concerne le gouvernement espagnol. Les relations que nous avons avec les Partis Communiste Espagnol et d’Euskadi nous amènent à constater que les actions terroristes ont été contre-productives. Les forces de droite se sont renforcées la gauche s’est effondrée et les partis nationalistes ont pour la première fois perdu la gestion de la communauté autonome du pays basque. L’exemple de ce qui s’est passé en Amérique latine ou en Irlande où l’abandon unilatéral de la lutte armé a amené d’anciennes organisations terroristes ou leurs idées au pouvoir est sans doute la voie à suivre