Autoroute A650 : Intervention d’Olivier Dartigolles sur le désenclavement du Béarn

Lors du Conseil Communautaire du 24 juin 2009 de la Communauté d’Agglomération Pau-Pyrénées une délibération ajoutée à la dernière minute sur le désenclavement du béarn pose la question des liaisons Pau-Oloron.

Les élus communistes (Olivier Dartigolles, Hélène Lerou-Pourqué, Michel Aguer) ont voté contre la délibération tout comme l’élu vert Bernard Laclau Lacrouts.

Ci dessous l’intervention d’Olivier Dartigolles pour les élus PCF.


Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,

Cette délibération traite de questions décisives pour l’avenir de notre territoire.

Il y est en effet question de développement économique, de développement harmonieux et

durable de nos territoires, de solidarité territoriale, notamment avec le Haut-Béarn, de respect de l’environnement.

Le premier sujet abordé dans cette délibération, sur lequel il nous est demandé de donner un accord de principe à l’adhésion de la CDAPP à un syndicat mixte d’études porté par le CG64, est celui des liaisons entre Pau et Oloron. La seconde partie de cette délibération traite des études sur les lignes à grande vitesse et sur la desserte Béarn-Bigorre. Il n’est pas besoin ici d’insister sur la très grande importance de toutes ces questions. Pour l’essentiel, l’avenir de notre territoire, de son développement économique et social, respectueux d’une nature déjà trop mise à mal, dépend des réponses qui seront apportées.

Demain est moins à découvrir qu’à inventer. Vouloir agir, c’est bien mais encore faut-il savoir pour quelles finalités, dans quel sens ? Cela pose de nouveau la question de notre identité.

La notion de désenclavement, Madame la Présidente, a évolué au fil des années. En 1995, le projet de loi sur l’organisation du territoire (Loi Pasqua) prévoyait qu’« en 2015, aucune partie du territoire français métropolitain continental ne sera située à plus de 50 kilomètres ou de 45 minutes d’automobile d’une autoroute ou d’une route expresse à deux fois deux voies en continuité sur le réseau national, soit d’une gare desservie par le réseau ferré à grande vitesse. » Cette définition partait du constat que les autoroutes et le TGV constituent les gages d’une intégration au territoire national, voire européen et qu’à l’inverse, un isolement par rapport à ces réseaux ne permet pas de bénéficier de la dynamique d’ensemble de l’économie et de la société. Aujourd’hui, la France satisfaisait à ce critère de désenclavement – qui n’existe plus officiellement depuis 1999 mais qui est demeuré la norme la plus utilisée dans le débat politique sur ces questions-pour 91% de son territoire et pour 98 % de la population. Je voudrais ici également faire référence à la Loi Voynet de 1999 qui pose les conditions d’aménagement du territoire et qui introduit le concept de développement durable qui est aujourd’hui très partagé.

D’autres enjeux sont apparus depuis : je ne peux pas ici développer mais, pour aller vite, disons que face aux excès des politiques libérales, du dumping social mettant en concurrence les hommes et les territoires, avec ces murs à camions traversant l’Europe, la question du développement local de ces mêmes territoires, pour certains vidés économiquement et massacrés sur le plan environnemental, s’est posée en des termes nouveaux.
Concernant cette délibération, qui ne me semble pas prendre le bon itinéraire, la bonne direction, je veux faire quatre remarques et avancer une proposition.

La première remarque concerne la méthode et le calendrier.

A juste titre, la première phrase de cette délibération pose la question de « l’avenir de notre territoire ». On parle plus loin « d’enjeux majeurs », « d’approche globale ». Alors cela mérite un travail sérieux permettant aux élus communautaires d’y travailler. Cette délibération nous est parvenue la veille pour le lendemain. La question de l’adhésion au syndicat mixte d’études sur les liaisons Pau-Oloron n’a pas fait l’objet d’un examen et d’une première réflexion en commission. Pourquoi une telle précipitation ? Alors que nous lisons aujourd’hui dans la presse que cette question ne sera pas inscrite à l’ordre du jour de la prochaine session du Conseil général. Pourquoi un tel emballement qui laisse sur le bord de la route – c’est le cas de le dire !! -un trop grand nombres d’élus qui se disent « les choses se décident ailleurs », qui ne fait pas de notre diversité une source d’enrichissement pour réfléchir et décider de l’avenir de notre territoire, des partenariats que nous voulons construire avec d’autres.

Lors de la dernière séance de la CDA, j’ai proposé l’adhésion de notre collectivité au GIP Chemparc. Voilà un autre enjeu déterminant pour nous car notre destin est étroitement lié à celui du bassin d’emploi de Lacq. Cela ne sera pas présenté aujourd’hui car nous n’étions pas prêts, il nous faut préciser ce que nous voulons y porter, ce qu’est notre vision de l’avenir.
Ce que nous disons aujourd’hui Madame la Présidente, c’est que nous ne sommes pas prêts à donner un accord de principe à l’adhésion de la CDAPP à un syndicat mixte sur la liaison Pau-Oloron car tout simplement le débat sur les infrastructures de transport n’a pas eu lieu ici même, au sein de notre conseil. Prendre du temps pour discuter, pour échanger des avis, pour faire apparaître des convergences mais aussi des divergences, prendre le temps d’approfondir certaines questions, ce n’est pas en perdre. C’est au contraire nous permettre de dire à nos partenaires lorsque nous intégrerons ce syndicat – car il nous faudra l’intégrer – : voilà, pour ce qui concerne la CDAPP, où nous en sommes, voilà ce que nous proposons.

J’en viens au second point : la délibération proposée, alors qu’il est par ailleurs précisé que nous en sommes qu’à une phase d’études, propose de sécuriser et d’aménager la RN 134 ( c’est indispensable), mais aussi « de prévoir une liaison routière fiable, performante et sécurisée, au moyen d’une voie nouvelle s’il le faut ». Nous ne découvrons pas cette question, c’est celle de l’A650. Certains sont pour, d’autres contre. En tout cas, le 4 juin 2008, Jean-Louis Borloo, Ministre du développement durable, a annoncé l’abandon du projet autoroutier entre Pau et Oloron. Je ne sais pas à ce jour ce qu’est la position de notre collectivité car nous n’en avons pas discuté. Mais ce qui est très préoccupant, c’est que la formulation d’un paragraphe de la délibération, avant même que nous ayons intégré le syndicat mixte, semble choisir une option plutôt qu’une autre. Il est en effet écrit au neuvième paragraphe, le syndicat mixte d’études « aura pour mission de faire la synthèse de toutes les études existantes et d’explorer toutes les hypothèses juridiques et financières « pour la réalisation d’une voie nouvelle ».

Certains de nos partenaires sont en effet sur cet objectif. La CCI demande ainsi à l’Etat « de reconsidérer sa position pour réaliser une continuité entre la future liaison Langon, Lescar, Oloron-Sainte-Marie et le tunnel du Somport, pour finaliser, (je cite), l’axe européen Bordeaux-Saragosse (E7). Sur son site Internet, le Conseil Général 64 a le mérite lui aussi de donner la vérité des prix, en écrivant : « Les aménagements nationaux et internationaux : l’exemple de l’autoroute Langon-Pau (A 65) et la liaison Pau-Oloron (A 650).Le projet a pour but de relier d’ici 2010 Pau et le Béarn à Bordeaux (…). Le projet de 2x1 voie de l’A 650 entre Pau et Oloron est inscrit au Schéma autoroutier national. Cette liaison est jugée prioritaire par le Conseil général (...) Le Conseil général a donc décidé pour l’A 650, d’assurer le financement des études et le préfinancement des travaux ».
Madame la Présidente, nous n’avons pas besoin d’une autoroute. Mais d’une liaison sécurisée, gratuite, pour vivre et travailler au pays, pour développer les coopérations transfrontalières. Il faut engager des coopérations plus actives avec la Navarre et l’Aragon Bref, nous avons besoin d’un itinéraire à vocation régionale et non d’un nouveau mur à camions. Mais encore une fois, le débat est ouvert. Je veux simplement ici souligner que cette délibération ne présente pas une neutralité. Or, c’est indispensable puisque nous n’avons pas à ce jour délibéré sur le sujet.

Ma troisième remarque traite des infrastructures ferroviaires. Comme le souligne très justement la délibération, « la question des liaisons routières est évidemment indissociable de la réflexion sur les liaisons ferroviaire ». Fort bien, alors il faut en dire plus sur cette question.

La manière dont est traitée la Pau-Canfranc est presque indigne. Il faut renforcer cette partie. Si nous parlons de liaisons (au pluriel) entre Pau et Oloron, il faut donc ajouter un paragraphe sur la ligne ferroviaire actuelle en élargissant notre vision sur l’ensemble du réseau TER en Béarn, mais aussi jusqu’à Bayonne. Comme Président de la Mission locale, je constate que beaucoup de jeunes ne peuvent pas répondre à des offres d’emploi car les lignes actuelles, les horaires, ne leur permettent pas une mobilité suffisante. C’est une vraie question. On parle de la LGV en insistant sur la desserte du Béarn et de la Bigorre. D’accord, mais n’oublions pas que pour certaines lignes LGV, le retour sur expérience montre que l’ouverture de ces lignes a sacrifié un très grand nombre de dessertes locales. Du jour au lendemain, des salariés effectuant par train, quotidiennement, des allers-retours pour leur travail, ont été privés de ce moyen de déplacement.

Enfin, et c’est ma dernière remarque, cette délibération reste très prudente, et en effet le contexte actuel nous y invite, sur la question des financement. Lors de son intervention devant le Congrès, le Président Sarkozy a confirmé la prochaine suppression de la Taxe professionnelle. Il semblerait que le dispositif de remplacement retenu ne soit pas celui porté par les associations d’élus locaux. Alors que les collectivités territoriales supportent aujourd’hui près de 70% des investissements publics, nous ne pouvons pas aborder la question des infrastructures de transport sans tirer la sonnette d’alarme sur le désengagement de l’Etat. Je ne développe pas.

Aussi, Madame la Présidente, le plus sage serait de retirer cette délibération afin de nous permettre de travailler dans de meilleures conditions pour bien prendre la mesure des questions traitées, d’en débattre, puis de décider après que chacun ait pu être pleinement partie prenante. Si nous agissons dans la précipitation, sans avoir accompli les efforts nécessaires pour renforcer notre identité, nous allons nous affaiblir. Alors que tout au contraire, les enjeux exigent que nous soyons plus forts.

Je vous remercie.

 
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